Dans un Liban à bout de souffle, les civils continuent de payer le prix d’un conflit qui oppose Israël et le Hezbollah depuis des décennies. Attisées par la guerre à Gaza depuis 2023, les violences ont franchi un nouveau seuil à partir du 2 mars 2026. Confrontés à des ordres d’évacuation annonciateurs de frappes imminentes, des milliers de civils sont désormais déplacés car contraints de fuir leurs foyers. Pour les réfugiés déjà installés au Liban, il s’agissait d’emprunter le chemin de l’exil une énième fois, témoins des multiples guerres.
L’armée israélienne poursuit ses frappes dans le sud du pays ainsi que dans la banlieue sud de Beyrouth. Les bombardements dépassent désormais largement les bastions traditionnels du Hezbollah et le calme promis par les cessez-le-feu successifs ne revient pas.
Au-dessus de la capitale, les drones israéliens continuent de quadriller le ciel. Leur bourdonnement incessant accompagne le quotidien d’une population épuisée par des guerres qu’elle n’a pas choisies. Même lorsque les bombes se taisent, la guerre demeure suspendue au-dessus de Beyrouth, dans le ciel d’un pays à genoux.
Depuis le 2 mars 2026, plus de 4 200 frappes auraient été menées sur le territoire libanais, faisant environ 3 400 morts et provoquant le déplacement de près de 1,3 million de personnes dans un pays qui compte à peine quatre millions d’habitants. À cette crise s’ajoute la présence d’environ 1,4 million de réfugiés déjà installés sur le territoire.
Cette mise à l’abri constitue l’un des rares refuges accessibles aux réfugiés palestiniens, qui ne bénéficient pas de la même protection que les citoyens libanais. Mais même loin des camps, le sentiment de sécurité demeure précaire. Face à l’urgence, l’UNRWA a ouvert deux centres d’hébergement temporaires, l’un au nord de Tripoli et l’autre au sud de Beyrouth, à environ 40 kilomètres, à Sebline. Selon les données de l’UNRWA du 2 juin 2026, 661 familles, soit 2 148 personnes, ont trouvé un abri (voir image 1 et image 2).
(Image 1)
Source : https://www.unrwa.org/resources/reports/unrwa-situation-report-12-lebanon-emergency-response-2026
(Image 2)
Source : https://www.unrwa.org/resources/reports/unrwa-situation-report-12-lebanon-emergency-response-2026
Pour les déplacés libanais comme pour les réfugiés présents avant le conflit, la sécurité semble désormais introuvable. Les ordres d’évacuation émis par Israël les 27 et 28 mai pour les camps palestiniens de Rachidiyé, Al-Bass et Bourj Al-Chemali, près de Tyr, ont contraint près de 28 000 réfugiés à fuir à nouveau. Pour beaucoup, cette nouvelle fuite ravive des traumatismes anciens et le souvenir d’un exil jamais réellement terminé.
L’UNRWA, l’agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens, a accueilli une partie de ces familles dans l’enceinte de son Institut technique de Sebline, transformé en centre d’hébergement d’urgence. Parmi les personnes accueillies figurent des descendants de Palestiniens expulsés ou ayant fui leurs terres lors de la Nakba de 1948, consécutive à la création de l’État d’Israël. Pour ces familles, contraintes de quitter une nouvelle fois leur lieu de vie, l’histoire semble se répéter.
La guerre a déjà contraint près d’un quart de la population du pays à fuir son foyer. Les plus vulnérables se retrouvent parfois sans solution d’hébergement tandis qu’à travers tout le Liban, des initiatives de solidarité tentent de répondre à l’urgence. Dans la région du Chouf, la municipalité de Deir el-Qamar, village majoritairement chrétien, a ainsi ouvert trois écoles pour accueillir les déplacés.
Cette solidarité s’exerce toutefois dans un climat d’inquiétude permanente. Le maire de la commune, qui compte environ 2 000 habitants pour près de 1 200 déplacés accueillis, redoute que cet élan humanitaire ne fasse de son village une cible potentielle. La coexistence demeure fragile et la peur d’une extension des bombardements continue de peser sur les habitants.
Et même si les combats cessaient demain, le retour ne serait pas garanti. Dans de nombreuses localités du sud du Liban et dans la banlieue sud de Beyrouth, les habitations, les infrastructures et les moyens de subsistance ont été détruits. Pour des milliers de familles, la fin de la guerre ne signifierait pas la fin de l’exil.
Bibliographie :
- Urgence Liban. (s. d.). UNHCR. https://unrefugees.ch/fr/urgences/urgence-liban
- Plus de 100 000 nouveaux déplacés par la guerre au Liban en vingt-quatre heures. (2026, 11 mars). ONU Info. https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158533
- Stephane L., « Au Liban, des réfugiés palestiniens fuient le Sud : « Toute ma vie, je n’ai connu que des déplacements » ». Le Monde, 30 mai 2026.
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/30/au-liban-des-refugies-palestiniens-fuient-le-sud-toute-ma-vie-je-n-ai-connu-que-des-deplacements_6695264_3210.html - Sallon H., « Dans le sud du Liban, l’hôpital Al-Najda de Nabatiyé, îlot isolé au milieu des combats entre le Hezbollah et l’armée israélienne ». Le Monde, 31 mai 2026. https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/31/dans-le-sud-du-liban-l-hopital-al-najda-de-nabatiye-ilot-isole-au-milieu-des-combats-entre-le-hezbollah-et-l-armee-israelienne_6695599_3210.html
- United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East (UNRWA). UNRWA Situation Report #12 on the Lebanon Emergency Response 2026. Amman: UNRWA, 2026.
https://www.unrwa.org/resources/reports/unrwa-situation-report-12-lebanon-emergency-response-2026 - France 24. « Liban : l’espoir d’un retour dans le sud du pays s’amenuise pour les réfugiés libanais ». Vidéo, 5 juin 2026. https://www.france24.com/fr/vid%C3%A9o/20260605-liban-l-espoir-d-un-retour-dans-le-sud-du-pays-s-amenuise-pour-les-r%C3%A9fugi%C3%A9s-libanais
- Motamedi, M., How Lebanon and Iran’s war of words became backdrop for latest Israel clash. Al Jazeera, 8 Juin 2026. https://www.aljazeera.com/features/2026/6/8/how-lebanon-and-irans-war-of-words-became-backdrop-for-latest-israel-war

