Témoignage de Béatrice, coordinatrice du programme d’hébergement

Béatrice, membre de la première heure de Réfugiés Bienvenue, et nouvelle coordinatrice du programme hébergement, témoigne sur sa rencontre avec Zhinar et nous explique pourquoi elle pense qu’il est important de s’engager auprès des demandeurs d’asile:

J’ai tout de suite compris que Zhinar aime lire. Je lui ai demandé quel était son livre préféré, me préparant à lui expliquer le mien déjà avant d’écouter sa réponse (parce que, je me disais, ce n’est pas un roman pour tous, figure-toi pour quelqu’un qui n’a même pas le bac… !). Lui, il a alors commencé à discuter de la République de Platon. C’est comme ça que notre amitié a commencé.

Ce garçon de vingt ans, emprisonné dans le corps d’un mécanicien moustachu addict au tabac, m’a appris plus sur la politique du Moyen Orient que mon Master. Qu’est-ce que c’est un sourire triste (quand les autorités ont estimé qu’il ne serait pas en danger, s’il rentrait en Irak) et qu’est-ce que c’est un vrai sourire (quand je lui ai appris à nager). Et qu’est-ce que c’est bon la cuisine kurde – surtout celle de sa maman !

En 2015, quand j’ai rencontré des demandeurs d’asile pour la première fois, je n’avais pas conscience du poids de leurs histoires, ni de l’ampleur de leur courage. Depuis, j’ai dormi avec eux dans un camp et je les ai accueillis au chaud. J’ai dansé avec eux sur des musiques guinéennes, palestiniennes, afghanes et au cri d’« allez les bleus ! » lors de la dernière coupe du monde. J’ai écouté tant de récits incroyables. La trajectoire de chacun me frappe toujours autant, mais maintenant je sais que parfois la différence entre un futur lumineux et un chemin qui aboutit dans le vide, c’est moi. Le lien social est fondamental pour ces personnes, pour lesquelles l’accès au conseil et au soutien est rare.

Vue la période de méfiance généralisée vis-à-vis de l’étranger dans laquelle on vit, je trouve essentiel le fait de s’engager. Ce n’est pas notre opinion qui peut changer le monde, mais notre exemple.

P.s. Il y a quelques mois, Zhinar m’a aidé avec des traductions et je l’ai remercié avec une lettre de recommandation à utiliser dans sa recherche d’emploi. Il travaille maintenant comme interprète pour une importante ONG, et n’a pas été renvoyé en Irak. Il ne nage toujours pas parfaitement, mais sa mère cuisine toujours aussi bien.

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