Étudiant·es étranger·es : la suppression des APL et une rentrée encore plus précaire

Étudiant·es étranger·es : la suppression des APL et une rentrée encore plus précaire

Depuis le 1er juillet 2026, les étudiant·es étranger·es originaires de pays extérieurs à l’UE n’ont plus accès aux aides personnelles au logement (APL). Cette mesure, adoptée dans le cadre de la loi de finances 2026, concerne toute personne qui remplit deux conditions :

  • être ressortissant·e d’un pays situé hors de l’Union européenne, de l’Espace économique européen et de la Suisse ;
  • ne pas percevoir de bourse d’enseignement supérieur sur critères sociaux versée par le CROUS.

Concrètement, elle touche de plein fouet des jeunes venu·es d’Afrique (Maroc, Sénégal, Algérie, Tunisie…), d’Asie ou des Amériques, souvent en situation précaire. Sur les quelque 320 000 étudiant·es extracommunautaires installé·es en France, seul·es 2 à 3 % touchent une bourse, car les conditions d’accès sont extrêmement restrictives : il faut être domicilié·e en France depuis au moins deux ans, détenir une carte de séjour ou un statut de réfugié·e, et justifier d’un foyer fiscal de rattachement.

La grande majorité d’entre elles et eux va donc perdre ses APL, soit 150 à 250 € par mois, une somme qui pèse lourd dans des budgets déjà serrés. La perte sera d’autant plus sévère à Paris, Lyon ou Bordeaux, où les loyers atteignent des niveaux toujours plus élevés. Le constat est pourtant sans appel : selon une étude de la Fage de février 2025, 62 % des étudiant·es étranger·es ont recours à l’aide alimentaire, contre 22 % des étudiant·es français·es, soit près de trois fois plus.

Cette mesure est dénoncée par les associations de défense du droit au logement et par les organisations étudiantes, dont certaines la jugent inconstitutionnelle. La Fondation pour le logement, qui la qualifie de « discriminante et injuste », a saisi le Conseil constitutionnel.

Un parcours scolaire semé d’obstacles 

La suppression des APL s’inscrit dans un climat hostile aux personnes étrangères, qui subissent une série de nouvelles réformes. Les droits d’inscription pour ces publics s’élèvent désormais à environ 2 902 € par an en licence et 3 950 € en master, soit seize fois plus que pour les étudiant·es français·es et européen·nes inscrit·es dans la même formation. Annoncés par le gouvernement en novembre 2018 dans le cadre du plan « Bienvenue en France », ces « frais différenciés » étaient jusqu’ici largement contournés.

Cette hausse s’ajoute aux coûts engagés avant même l’arrivée en France. Les étudiant·es internationaux·ales doivent payer leur dossier de candidature, les tests de langue française, les démarches de visa et, selon leur situation, leur titre de séjour. « Les démarches administratives, les démarches de visa, ça demande de la patience et beaucoup d’argent et ce n’est pas aussi facile que les gens le disent, surtout quand tu viens d’un pays d’Afrique », raconte ainsi Ahlam K., étudiante marocaine arrivée en septembre pour poursuivre sa licence de management à Brest.

Depuis le 1er août 2026, les demandeur·ses de visa pour études doivent en outre justifier de ressources d’au moins 877,50 € par mois (contre 615 € auparavant), soit plus de 10 000 € par an. Pour un·e Tunisien·ne, cela représente plus de cinq fois le salaire minimum local.

Une fois sur place, ces étudiant·es ne sont autorisé·es à travailler qu’« à titre accessoire », à hauteur d’environ 20 heures par semaine, soit jusqu’à 60 % de la durée légale du temps de travail. Ce plafond est abaissé à 50 % pour les étudiant·es algérien·nes, qui disposent d’un statut particulier. Dans ce contexte, la restriction de l’accès aux aides au logement alourdit encore le coût de la vie en France et pourrait renforcer les barrières financières à leur venue.

Réfugiés Bienvenue porte un message de solidarité et d’ouverture à l’autre. Les universités doivent rester ouvertes à toutes et tous, et nos portes aussi. La chute dans la précarité ne doit pas devenir la seule issue pour certain·es étudiant·es.

En savoir plus sur Réfugiés Bienvenue

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture