RAPPORT D’ACTIVITÉ

Le premier rapport d’activité de Réfugiés Bienvenue décrit les activités de l’association entre septembre 2015 et septembre 2016. Ci-dessous, un mot du fondateur de l’association et président lors de la première année.

Lire le rapport 2015-2016 dans son intégralité

Le rapport 2016-2017 sera publié prochainement.


Mot du Président

Alors qu’en 2014 je suivais des demandeurs d’asile dans leurs démarches administratives et judiciaires auprès de l’association ARDHIS, un des hommes que j’aidais m’a annoncé qu’il vivait à la rue. C’était un Sénégalais, musicien et illustrateur, mais il ne pouvait plus créer suite à une agression lors de laquelle il avait perdu trois doigts. C’est son frère qui avait orchestré l’attaque, afin de le punir pour son homosexualité, qui est pénalisée au Sénégal.

Quand je l’ai rencontré pour la première fois, il dormait quelques nuits par semaine dans un centre pour SDF alcooliques, mais il n’arrivait souvent pas à se procurer les deux euros nécessaires pour y passer la nuit. Il passait ses journées à essayer de vendre des parapluies sur le marché de Montreuil, mais se faisait souvent confisquer la marchandise par la police et n’eut un jour plus un sou. Au bout de quelques semaines, il s’est mis à me parler de visions qu’il avait de plus en plus régulièrement. Il a alors été interné en hôpital psychiatrique, à Cochin, porte de Clignancourt. Là-bas, les soins n’ont pu empêcher son état d’empirer. Il dû néanmoins quitter l’hôpital. Quelques jours plus tard, il est mort, percuté par un véhicule sur une route.

Etant confronté, de plus en plus, à des femmes qui se prostituaient, des hommes vivant à la rue, j’ai proposé à des amis de fonder l’association Réfugiés Bienvenue. Le but fut dès le départ de permettre à des demandeurs d’asile à la rue d’être hébergés gratuitement chez des particuliers. Ayant des moyens financiers quasi inexistants, nous ne pouvions envisager d’autre moyen d’aider ces personnes.

Grâce aux réseaux sociaux, au bouche-à-oreille, à la persévérance des bénévoles, nous avons trouvé les premiers volontaires pour héberger, dans un premier temps tous des retraités vivant en banlieue parisienne. Les offres d’hébergement n’ont pas cessé depuis, et ce sont plus de cinquante personnes qui, grâce aux familles d’accueil, sont sorties de la rue cette année. Lorsqu’une famille, après les quelques mois prévus dans le contrat d’hébergement, mettait fin à l’accueil, c’était une nouvelle famille qui prenait le relai, permettant ainsi d’assurer une continuité.

En parallèle, l’organisation d’événements permettant de rapprocher franciliens et réfugiés a pris forme, rassemblant jusqu’à cent personnes lors d’actions hebdomadaires. Ces événements ont contribué à sortir de nombreux demandeurs d’asile de leur isolement et favoriser l’échange culturel dans un milieu convivial, que ce soit au Café Curieux autour d’un jeu de société, ou lors de diners collectifs et sorties culturelles variées.

Malgré ces réussites, il est absolument nécessaire que des personnes continuent à se proposer pour accueillir un demandeur d’asile. En effet, l’actualité médiatique étant passée à d’autres sujets, il est de plus en plus difficile de trouver de nouveaux hébergeurs. Et pourtant, si j’en crois les retours que nous avons eu cette année, ce genre d’accueil a énormément apporté aux personnes hébergées, bien sûr (meilleur moral, amélioration du français, apprentissages culturels), mais aussi aux hébergeurs. Les témoignages contenus dans ce rapport en attestent. J’encourage toute personne qui souhaiterait se lancer à ne pas avoir peur, à contacter l’association pour être mise en lien avec d’autres hébergeurs. L’association recherche également des bénévoles. N’hésitez pas à vous lancer !

Après un an passé à la présidence de l’association, je pars pour plusieurs mois à l’étranger, et c’est donc Camille Gervais, membre co-fondatrice, qui prend le relai. Je lui fais confiance, ainsi qu’à tous les bénévoles, pour continuer à faire vivre cette association, à sortir des femmes et des hommes de la rue, à favoriser la rencontre des cultures.

Je souhaite particulièrement remercier les familles d’accueil, qui ont eu la tâche la plus difficile, celle de cohabiter pendant parfois plus d’un an avec des personnes qui ne parlaient au départ pas la même langue, qui ne connaissaient pas les codes culturels de ces familles, qui n’avaient pas la même manière de communiquer. Ces familles ont eu le courage d’aller à l’encontre souvent de ce que leur recommandait leur entourage, de la peur.

Je souhaite enfin remercier les demandeurs d’asile, qui ont tout fait pour que la cohabitation se passe bien. Sur les plus de cinquante personnes hébergées, seules deux n’ont plus été soutenues par l’association, à cause de l’incompatibilité de leur comportement avec une vie en famille d’accueil. Leurs efforts d’apprentissage du français, d’ouverture culturelle, ainsi que la formation de projets éducatifs et professionnels, pour ceux qui ont obtenu le statut de réfugié, ont démontré qu’une intégration à la société française réussie est bien possible.

Merci à tous ceux qui ont prouvé qu’ouvrir sa porte n’était pas impossible.

Emile Le Menn
Fondateur de Réfugiés Bienvenue et Président 2015-2016