L’île de Tuvalu, situé dans le Pacifique, connaît des phénomènes océanographiques qui
submergent habituellement les parties basses de l’île. Ce phénomène s’est vu amplifié en 2024 par de fortes pluies. D’ici la fin du siècle, on estime que 95 % de l’île aura été
submergée si la hausse des températures n’est pas inférieure à 1,5°. Pour endiguer la
montée des eaux, les autorités locales ont entrepris de gagner 7,5 hectares de terres sur
la mer en draguant le sable du lagon arrêter les vagues et empêcher l’eau de monter à
travers le sol. Ces mesures seront soutenues par le programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
En prévision de l’impact que cela aura sur les habitants, l’Union Falepili a été signé en
2023 entre l’Australie et Tuvalu. Ce pacte permet à un nombre limité de citoyens originaire de Tuvalu de bénéficier d’un visa climatique spécial. Pour 2026, ce nombre est fixé à 280. Plus de 80 % de la population de l’île aurait déjà candidaté ce qui représente plus de 8000 candidatures. Ce laisser-passer permettrait aux tuvaluans admis de vivre, travailler et étudier de manière indéfinie en Australie.
Ce pacte a également un impact sur les relations internationales permettant à l’Australie de limiter l’influence chinoise dans le Pacifique et de protéger Tuvalu de la pression chinoise tout en renforçant les relations entre Tuvalu et l’Australie sur les questions de sécurité et de défense. En effet, Tuvalu s’engage à obtenir l’accord de l’Australie pour entrer dans « tout partenariat, accord ou engagement avec tout autre État ou entité en matière de sécurité et de défense ». Cette dépendance choisie a également fait l’objet de critiques.
Sur l’aspect environnemental et migratoire, certains qualifient ce visa de « premier visa
climatique ». Pour Jane McAdam, directrice du Centre Kaldor pour le droit international
des réfugiés de l’université de Nouvelle-Galles du Sud, à Sydney, ce qualificatif est erroné. Les tuvaluans n’ont pas de nécessité de justifier d’un danger lié au climat et percevraient ce visa plutôt comme une opportunité ou un filet de sécurité.
Les militants écologistes tuvaluans soulignent le paradoxe d’une Australie qui offre ce visa mais qui contribue en même temps au réchauffement climatique par l’importance de ses émissions globales de gaz à effet de serre. Gitty Keziah Yee, Membre de l’ONG Tuvalu Climate Action Network déclare : « nous, on leur propose aussi de faire le choix d’abandonner l’exploitation des mines de charbon ». Le ministre tuvaluan chargé du changement climatique, le Dr Maina Talia, avait appelé l’Australie à mettre fin à l’exploitation des énergies fossiles. A noter qu’en parallèle de ce pacte, l’Australie a prolongé pour 50 ans l’exploitation du gisement gazier de North West Shelf « avec un potentiel d’émissions estimé à 90 millions de tonnes de CO2 par an ».
Dans ce contexte, le 23 juillet 2025, intervient un avis qualifié d’historique de la Cour
internationale de Justice selon lequel tous les États ont l’obligation de réduire leurs
émissions de gaz à effet de serre et de « coopérer de bonne foi les uns avec les autres ». Elle invite également les pays riches à être à l’avant-garde de ces actions.
Parmi les autres inquiétudes évoquées sont les mesures mises en place pour l’accueil des tuvaluans en Australie qui ne semblent à ce jour pas définies, ou encore, le fait qu’en cas d’émigration importante, l’avenir de la culture et de l’économie de l’île pourraient être fortement menacé.
SOURCES :
- La Dépêche : Tuvalu se noie, l’Australie ouvre ses portes
- Reporterre : Visa climatique : aux Tuvalu, les pollueurs se rachètent une bonne conscience
- Huffington Post : Menacée par la montée des océans, quasiment toute la population des Tuvalu se prépare à partir
- Le Monde : Dans l’archipel des Tuvalu, menacé par la montée des eaux, plus de 80 % des habitants demandent un visa climatique en Australie
- Reporterre : Climat : pourquoi la décision de la Cour internationale de justice est « historique »
- IFRI : L’Union Falepili : un accord sans précédent mêlant climat et défense entre l’Australie et Tuvalu
- The Conversation : 1 in 3 Tuvaluans is bidding for a new ‘climate visa’ to Australia – here’s why everyone may ultimately end up applying
